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chiffrage 10 minutes de lecture

Combien vous coûtent réellement vos jambes chaque année, poste par poste, temps compris ?

La compression, les consultations, les séances, les retouches de pantalons, les chaussures usées d’un côté, les trajets et les soirées passées allongée: rien de tout cela n’apparaît sur une seule facture. Voici la méthode pour additionner ces postes, en euros et en heures, et savoir où agir.

Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .

Gros plan sur une table où une femme aligne des factures pliées, deux bas de compression usagés et un carnet quadrillé annoté au crayon

La réponse tient en une phrase: votre coût annuel se compose de quatre blocs, et trois d’entre eux n’apparaissent sur aucune facture de santé. Le bloc soins, le bloc vêtements et déplacements, le bloc temps converti en heures, et le bloc des dépenses sans effet. Chez la plupart des femmes qui font l’exercice pour la première fois, le bloc soins n’est pas le plus lourd.

Aucun chiffre ne vous sera donné ici, et c’est volontaire. Un montant moyen trouvé en ligne ne vous concerne pas: ni votre prescription, ni votre secteur d’exercice, ni votre distance au cabinet, ni votre métier ne ressemblent à ceux d’une moyenne. Ce que vous trouverez, c’est la méthode pour obtenir vos chiffres à vous, en une soirée.

Poser la méthode avant de poser le moindre chiffre

Un chiffrage se construit sur des documents que vous possédez déjà: factures, décomptes de remboursement, relevés bancaires, tickets. Rien d’autre. Sortez la pochette, et non le moteur de recherche.

Une année glissante, pas une année civile

Comptez les douze derniers mois à partir d’aujourd’hui, et non de janvier à décembre. Un chiffrage qui commence au premier janvier coupe en deux votre saison chaude, qui est précisément la période où vos dépenses et votre fatigue se concentrent.

L’année glissante a un second avantage: elle est réalisable maintenant. Vous n’attendez pas décembre pour savoir, et vous pouvez refaire l’exercice au même mois l’an prochain avec un point de comparaison exact.

Trois colonnes: payé, remboursé, resté à charge

Chaque ligne de votre tableau porte trois montants distincts, et confondre les deux premiers fausse tout. Ce que vous avez avancé n’est pas ce que la dépense vous a coûté, et ce qui vous a été remboursé arrive parfois plusieurs semaines plus tard, sur un autre relevé.

PostePayéRembourséResté à votre charge
Compression médicale délivréeMontant de la factureAssurance maladie et complémentaireDifférence réelle
Consultations de suiviHonoraires versésBase et complément éventuelParticipation et dépassements
Séances prescritesTotal des séances effectuéesPart prise en chargeSolde
Vêtements, retouches, chaussuresTotal annuelAucun remboursementTotalité
Trajets et stationnementCarburant, titres, parkingSelon prescription de transportSolde

Postes de santé: compression, consultations, séances

Ce bloc est le seul dont vous possédez déjà toutes les pièces. Il se remplit en vingt minutes, à condition de compter des quantités réelles et non des intentions.

Le nombre de paires réellement nécessaires sur l’année

Une compression portée tous les jours suppose une alternance: une paire au corps, une paire au séchage. Comptez donc ce que votre usage exige, puis comparez avec ce que votre prescription autorise. L’écart entre les deux est la première ligne de votre reste à charge, et souvent la plus discrète.

Multipliez ensuite le nombre de paires par le prix unitaire figurant sur vos propres factures, en distinguant le tarif servant de base au remboursement du prix de vente effectivement payé. Sur ce que la prescription ouvre et n’ouvre pas, les repères de ce que couvre une ordonnance de compression médicale évitent de confondre un tarif et un prix.

Consultations, secteur d’exercice et dépassements

Le secteur d’exercice du praticien détermine l’existence de dépassements d’honoraires: un médecin conventionné de secteur 1 applique en principe le tarif de la convention, un médecin de secteur 2 fixe ses honoraires avec tact et mesure. Cette information se vérifie avant de prendre rendez vous, notamment dans l’annuaire santé de l’Assurance maladie et ses informations sur les secteurs d’exercice.

Comptez toutes les consultations liées à vos jambes sur l’année: médecin traitant, médecin vasculaire, angiologue, et les rendez vous où vous êtes repartie sans réponse. Ces derniers coûtent autant que les autres, et méritent leur ligne.

Séances prescrites et transports associés

Les séances de kinésithérapie prescrites relèvent d’une prise en charge propre, et le transport vers un lieu de soins peut, dans certaines situations, faire l’objet d’une prescription médicale de transport. Ces deux points se demandent en consultation, ils ne se devinent pas.

Notez le nombre de séances réellement effectuées, pas celui prescrit. L’écart entre les deux dit quelque chose d’utile: soit le créneau ne tient pas dans votre semaine, soit le trajet est trop long, et ce constat vaut d’être porté au rendez vous suivant.

Postes invisibles: vêtements, chaussures, retouches, trajets

Voici le bloc que personne ne vous demande jamais et qui, chez beaucoup de femmes, dépasse le bloc soins. Il ne relève d’aucun remboursement, il ne figure sur aucun décompte, et il se paie tous les mois.

Deux tailles pour un seul corps

La disproportion du bas du corps impose un achat en taille supérieure, puis une retouche à la taille, parfois à l’ourlet. Comptez sur l’année les pantalons, les jupes, les jeans, et ajoutez le coût des retouches, ticket par ticket.

Ajoutez la ligne des vêtements achetés et jamais portés, ceux qui allaient au magasin et plus jamais ensuite. Cette ligne est pénible à écrire, elle est aussi la plus instructive: elle chiffre le coût d’un achat fait dans l’urgence, un soir de découragement.

Chaussures usées de façon asymétrique

Une usure inégale des semelles, un appui modifié par la douleur, des chaussures remplacées deux fois plus vite que la moyenne de votre entourage: ce poste se chiffre en comptant simplement les paires achetées sur douze mois.

  • Chaussures de ville remplacées avant l’usure normale.
  • Chaussures de travail imposées, achetées à vos frais ou non.
  • Semelles, ressemelages, chaussures d’intérieur.
  • Paires abandonnées après deux ports pour cause de compression trop serrée dedans.

Kilomètres et stationnement

Chaque rendez vous a un coût de déplacement: carburant ou titre de transport, stationnement, et parfois une demi journée de travail. Multipliez le trajet aller retour par le nombre de rendez vous annuels, puis ajoutez les trajets vers le lieu où vous bougez.

Ce calcul explique souvent l’abandon d’un format de séance pourtant efficace. Le comparatif entre mouvement à domicile, bassin municipal et séance encadrée intègre justement ce critère du trajet, qui départage plus sûrement que la motivation.

Le coût en temps, converti en heures

Le temps ne se rembourse pas, mais il se compte. Converti en heures annuelles, il donne au chiffrage sa dimension réelle et rend visibles des efforts que personne ne voit.

Les minutes du matin, multipliées par trois cent soixante cinq

Chronométrez pendant une semaine ordinaire, sans forcer: l’enfilage, l’entretien, le séchage à surveiller, l’application éventuelle de crème. Faites la moyenne, multipliez par le nombre de jours de port sur l’année, et divisez par soixante pour obtenir des heures.

Ajoutez les minutes de préparation d’un rendez vous, celles passées à chercher un praticien qui connaît le sujet, celles passées au téléphone avec la complémentaire santé. Vous obtenez un volume d’heures que vous n’aviez jamais formulé.

Soirées de récupération et jours posés

Comptez les soirées où, après une journée debout, plus rien n’était possible après le dîner. Comptez les jours de congé posés non pour partir, mais pour tenir la semaine suivante. Comptez les invitations refusées.

Les dépenses évitables qui reviennent chaque année

Isolez maintenant une dernière colonne dans votre tableau: celle des dépenses qui n’ont laissé aucune trace mesurable dans vos relevés, ni sur la douleur, ni sur les heures debout supportées.

Cures, appareils et abonnements non utilisés

Une cure de printemps, un appareil acheté après une vidéo, un abonnement souscrit en janvier et abandonné en février: ces lignes se repèrent à un signe unique, l’absence de toute variation dans votre carnet dans les semaines qui ont suivi.

Fixez vous une règle de délai plutôt qu’une règle de principe: toute dépense nouvelle est réévaluée au bout de quatre vingt dix jours, relevés en main, et n’est reconduite que si quelque chose a bougé par écrit. Ce délai vous protège aussi de l’inverse, l’abandon trop rapide de ce qui commençait à fonctionner.

Compression achetée sans mesures

Une compression achetée sans prise de mesures, en ligne ou en dépannage un samedi, revient presque toujours dans cette colonne. Trop serrée, elle est abandonnée au bout de trois jours. Trop lâche, elle ne fait rien et vous laisse croire que la compression ne vous convient pas.

Faire baisser la facture sans renoncer aux soins

Un chiffrage n’a d’intérêt que s’il débouche sur des arbitrages. Trois leviers agissent réellement, et une limite ne se franchit pas.

Prescription complète plutôt que rachats à l’unité

Demandez en consultation une prescription couvrant le nombre de paires que votre usage réel exige, en expliquant votre rythme de port et votre contrainte de séchage. Le rachat à l’unité, hors cadre, se paie intégralement et revient plusieurs fois par an.

Garanties de complémentaire réellement utiles

Comparez vos garanties sur la seule ligne qui vous concerne, celle de l’appareillage et des dispositifs médicaux, plutôt que sur les postes mis en avant dans les publicités. Groupez également vos rendez vous sur une même demi journée quand la géographie le permet: le poste transport baisse sans qu’aucun soin ne disparaisse.

Ce qui ne doit jamais servir de variable d’ajustement

La compression prescrite et les consultations de suivi ne sont pas des postes sur lesquels rogner. Une paire non renouvelée coûte plus cher six mois plus tard, en douleur d’abord, en soins ensuite. Les évolutions en cours en France sur la reconnaissance et l’encadrement des offres, décrites dans ce qui bouge autour du lipœdème et comment s’y préparer, rendent d’autant plus utile de tenir vos comptes dès cette année.

Quatre blocs, trois colonnes, une soirée de travail: vous saurez enfin ce que votre situation vous coûte, en euros restés à votre charge et en heures. Ce total ne se refait pas de mémoire l’an prochain, il se tient au fil des mois, une ligne à la fois. Le carnet Lipedouce enregistre les dépenses à côté des relevés de douleur et d’heures debout, et vous rend le rapprochement des deux. Pour voir cette lecture appliquée à votre année, demandez une démonstration du carnet Lipedouce avec vos postes de dépense habituels.

Après la lecture

Ce que vous venez de lire, Lipedouce le tient avec vous

Le carnet reprend exactement ces repères et les garde datés à votre place, douleur du soir, lourdeur, chaleur ressentie, heures passées debout, port de la compression prescrite et séances de mouvement doux réellement faites. Vous repartez en consultation avec une page imprimée plutôt qu’avec un souvenir approximatif, et sans qu’aucun chiffre de poids ne vous soit demandé.

Portrait de Jimenez Julien, auteur du Relevé du soir

L’auteur de ce magazine

Jimenez Julien

Jimenez Julien conçoit Lipedouce, le carnet quotidien des femmes concernées par le lipœdème, entre relevé de la douleur, mouvement doux sans impact et suivi de la compression médicale prescrite. Il a passé des mois auprès de femmes en poste debout, de kinésithérapeutes et d’accompagnantes formées, à relire des carnets papier tenus pendant des saisons entières et à écouter ce que les consultations laissaient de côté.

Le parcours de Jimenez Julien et les carnets qui ont servi de point de départ

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