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reglementation 11 minutes de lecture

Que couvre vraiment une ordonnance de compression médicale, et que faut il ne pas croire ?

Une ordonnance de compression n’est ni un blanc seing ni une reconnaissance de maladie. Elle ouvre une délivrance et une prise en charge encadrées, sous conditions précises. Voici ce que le texte impose au prescripteur et au pharmacien, ce qu’il ne prévoit pas, et les croyances qui coûtent cher en consultation.

Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .

Une orthopédiste mesure le tour de cheville d’une cliente assise, dans l’espace de mesure clair d’un magasin de matériel médical français

Une ordonnance de compression ouvre une chose, et une seule: la délivrance par un professionnel habilité d’un dispositif précis, puis sa prise en charge par l’Assurance maladie si ce dispositif figure sur la liste des produits et prestations remboursables, la LPPR, et dans les limites du tarif fixé pour lui.

Elle n’ouvre rien d’autre. Ni statut administratif, ni reconnaissance de votre lipœdème, ni séances de kinésithérapie, ni dispense de médecin traitant, ni prise en charge d’une intervention. Chacune de ces portes a sa propre clé, et aucune ne figure sur votre feuille d’ordonnance.

Ce que votre ordonnance de compression ouvreCe qu’elle n’ouvre pas
La délivrance du produit prescrit, après prise de mesuresLa délivrance d’un modèle différent choisi au comptoir
La prise en charge d’un produit inscrit à la LPPR, sur la base d’un tarif fixéLe remboursement de la totalité du prix de vente affiché
Le renouvellement dans les limites que le prescripteur a écritesUn nombre de paires illimité sur l’année
Un document daté, opposable, à conserver dans votre dossierUne reconnaissance d’affection de longue durée
Une base de discussion avec votre complémentaire santéDes séances de drainage ou de kinésithérapie

Ce que la prescription doit porter pour être délivrable

Au comptoir, ce n’est pas votre parole qui est délivrée, c’est le contenu de l’ordonnance. Une prescription vague vous renvoie chez le prescripteur, rendez vous à reprendre compris.

Type de produit, classe et quantité

La compression médicale se décline en produits distincts, qui ne se remplacent pas: chaussette, bas jarret, bas cuisse, collant, manchon pour le membre supérieur. La prescription désigne celui qui vous concerne.

Elle porte également la classe de compression. En France, ces classes sont numérotées de un à quatre, par pression croissante, et ce chiffre n’est pas une préférence de confort: il relève du prescripteur.

  • La nature exacte du produit et sa longueur, jambe par jambe si les deux diffèrent.
  • La classe de compression, écrite en toutes lettres ou en chiffre.
  • Le nombre de paires, qui conditionne à lui seul votre capacité à en porter tous les jours.
  • La durée ou le rythme de renouvellement, quand le prescripteur souhaite l’encadrer.

Si une seule paire vous a été prescrite alors que vous portez tous les jours, dites le en consultation. Le nombre de paires se discute au moment de la rédaction, pas six mois plus tard devant un bas troué.

Qui peut prescrire, qui peut délivrer

Le médecin prescrit. D’autres professionnels de santé disposent, dans un cadre fixé par arrêté, d’un droit de prescription portant sur certains dispositifs médicaux, et ce périmètre évolue. En pratique, votre pharmacien vous dira si l’ordonnance présentée est délivrable en l’état.

La délivrance se fait en pharmacie d’officine ou chez un fournisseur d’orthopédie, par un professionnel formé, après prise de mesures sur votre jambe. Une compression médicale ne se choisit pas sur une taille indiquée de mémoire.

Ce que l’Assurance maladie prend en charge, et à quelles conditions

La prise en charge ne dépend pas de la gravité ressentie de votre situation, mais de trois éléments froids: le produit est inscrit sur la liste, la prescription est valide, la délivrance est régulière.

Inscription à la LPPR et base de remboursement

La LPPR est la liste des produits et prestations que l’Assurance maladie accepte de rembourser. Chaque référence inscrite reçoit un tarif, appelé base de remboursement, sur lequel le calcul est fait. Un produit absent de la liste n’ouvre aucun remboursement, quelle que soit sa qualité.

Conséquence pratique: le remboursement se calcule sur le tarif inscrit, jamais sur le prix affiché en vitrine. L’écart entre les deux vous revient.

Ticket modérateur et complémentaire santé

La part de la base qui n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie porte un nom: le ticket modérateur. C’est elle que votre complémentaire santé peut couvrir, en tout ou en partie, selon les garanties souscrites.

Toutes les complémentaires ne traitent pas les dispositifs médicaux de la même façon: certaines leur consacrent une ligne dédiée, d’autres les noient dans un poste général. Relisez cette ligne avant la prochaine échéance de votre contrat.

Quand le modèle choisi sort du cadre remboursé

Trois situations créent un reste à charge sans qu’on vous prévienne clairement au comptoir.

  • Le prix de vente pratiqué dépasse le tarif de responsabilité du produit.
  • Le modèle retenu ne figure pas sur la liste, par exemple pour une finition, un coloris ou une option particulière.
  • La quantité délivrée dépasse ce que la prescription autorise, et la différence est réglée par vous.

Ces montants pèsent lourd sur une année, et s’additionnent à des postes que personne ne compte, comme les retouches de vêtements ou les trajets. La méthode pour chiffrer poste par poste ce que vos jambes vous coûtent chaque année rend cette accumulation visible.

Ce que cette ordonnance n’ouvre pas

Voici la partie qu’on ne vous explique pas au comptoir, et qui provoque le plus de déceptions.

Ni reconnaissance automatique d’une affection de longue durée

Une ordonnance porte sur un dispositif. Elle ne décide rien sur votre statut au regard des affections de longue durée, qui obéit à une procédure distincte, avec ses propres critères et ses propres décideurs. On peut porter une compression prescrite pendant des années sans être en affection de longue durée, et cela ne dit rien de la réalité de vos douleurs.

Ni prise en charge d’une intervention à visée esthétique

Une intervention à visée esthétique n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie. Une intervention à visée thérapeutique relève d’une indication posée par un praticien et de règles propres, indépendantes de votre prescription de compression.

Aucun article, celui ci compris, ne peut vous orienter vers une intervention. Ce que vous pouvez faire, c’est arriver en consultation avec des questions écrites sur les suites, le suivi et les coûts annoncés.

Ni dispense de médecin traitant déclaré

Le parcours de soins coordonné repose sur un médecin traitant déclaré, qui vous adresse ensuite vers un spécialiste. Consulter directement un médecin vasculaire réduit la prise en charge de la consultation.

Votre ordonnance n’y change rien: elle porte sur un produit, pas sur votre circuit de consultations. Les modalités du parcours de soins sont exposées par l’Assurance maladie sur son site ameli.

Les quatre croyances qui reviennent le plus en consultation

Quatre idées circulent dans les groupes de patientes et dans les salles d’attente. La quatrième est la plus banale: une ordonnance vaudrait indéfiniment. Elle porte en réalité une durée ou un rythme de renouvellement, et une prescription périmée ne se rattrape pas au comptoir un samedi matin.

Le lipœdème serait une affection de longue durée par nature

Non. Le lipœdème ne figure pas comme tel dans la liste des affections ouvrant droit à ce régime. Une situation particulièrement lourde peut être examinée par une autre voie, décrite plus bas, mais rien ne se déclenche automatiquement du fait du diagnostic.

Cette croyance a une origine compréhensible: la chronicité de votre situation. Chronique ne veut pas dire reconnu, et ce glissement coûte beaucoup de démarches inutiles.

Le drainage se prescrirait tout seul

Les séances de kinésithérapie, drainage lymphatique manuel compris, relèvent d’une prescription médicale distincte, appuyée sur une indication argumentée. Elles ne découlent jamais de la prescription de vos bas.

Si vous en attendez quelque chose, demandez que la question soit tranchée explicitement pendant le rendez vous, et notez la réponse, y compris négative.

La compression remplacerait le mouvement

La compression est un dispositif porté. Elle ne remplace pas la mobilisation de vos jambes, et l’inverse vaut aussi: bouger ne dispense pas de porter ce qui vous a été prescrit.

Beaucoup de femmes concernées tiennent les deux ensemble, sur un rythme praticable douze mois durant.

Demander un examen de votre situation sans se tromper de porte

Si votre situation est lourde, il existe une voie. Elle ne passe ni par le pharmacien, ni par un formulaire trouvé en ligne, ni par un appel un jour d’exaspération.

Le rôle du médecin traitant dans le protocole de soins

C’est votre médecin traitant qui établit un protocole de soins et le transmet au service médical de l’Assurance maladie: il y décrit votre situation, les soins nécessaires et leur durée prévisible.

Votre part consiste à lui fournir la matière: une synthèse datée de vos symptômes, de vos heures debout et de vos périodes difficiles, comme dans le récit de trois mois de relevés quotidiens avant un rendez vous vasculaire.

Ce que regarde le service médical de l’Assurance maladie

Le service médical apprécie la demande au regard de critères réglementaires, notamment le caractère prolongé du traitement et son coût. La décision ne porte ni sur votre courage ni sur l’intensité de votre douleur telle que vous la vivez.

Disons les choses honnêtement: les réponses restent hétérogènes d’un département à l’autre et d’un dossier à l’autre. Un refus n’efface ni vos symptômes, ni la prise en charge de votre compression, ni les autres démarches possibles.

Garder une trace écrite de chaque étape

Deux ans plus tard, ce qui n’est pas écrit n’a pas existé: pour votre complémentaire, pour votre médecin, et pour vous même quand la date du dernier renouvellement vous échappe.

Conserver ordonnances, mesures et factures

  • L’ordonnance elle même, datée, avant de la remettre: photographiez la systématiquement.
  • La fiche de mesures remise par le pharmacien ou l’orthopédiste, avec les tours relevés.
  • La facture détaillée du fournisseur, et non le seul ticket de caisse.
  • Le décompte de l’Assurance maladie et celui de votre complémentaire, rapprochés de cette facture.
  • La date de mise en service de chaque paire, notée le jour même.

Un porte documents cartonné suffit, et vos documents de santé peuvent aussi être déposés dans votre espace numérique de santé personnel. Ces échéances se placent ensuite dans le calendrier annuel du suivi quand on vit avec un lipœdème.

Écrire vos demandes plutôt que les formuler au téléphone

Un appel ne laisse rien. Une demande écrite, datée, dont vous gardez copie, appelle une réponse et se produit en cas de contestation.

Trois formulations suffisent: demander la confirmation écrite du nombre de paires prescrites, demander à votre complémentaire le montant pris en charge pour un dispositif inscrit à la LPPR, demander à votre médecin traitant que la question du protocole de soins soit examinée. Datez, conservez, relancez une fois.

Une ordonnance de compression est un document précis et modeste: elle rend un produit délivrable et remboursable dans les limites d’un tarif, rien de plus. Tout le reste, statut, séances, examen de votre situation, se demande ailleurs et par écrit. La différence entre une femme qui obtient et une femme qui renonce tient rarement au dossier médical, souvent à la trace conservée. Pour tenir cette trace sans y passer vos soirées, demandez une démonstration du carnet Lipedouce et exposez votre historique de prescriptions.

Après la lecture

Ce que vous venez de lire, Lipedouce le tient avec vous

Le carnet reprend exactement ces repères et les garde datés à votre place, douleur du soir, lourdeur, chaleur ressentie, heures passées debout, port de la compression prescrite et séances de mouvement doux réellement faites. Vous repartez en consultation avec une page imprimée plutôt qu’avec un souvenir approximatif, et sans qu’aucun chiffre de poids ne vous soit demandé.

Portrait de Jimenez Julien, auteur du Relevé du soir

L’auteur de ce magazine

Jimenez Julien

Jimenez Julien conçoit Lipedouce, le carnet quotidien des femmes concernées par le lipœdème, entre relevé de la douleur, mouvement doux sans impact et suivi de la compression médicale prescrite. Il a passé des mois auprès de femmes en poste debout, de kinésithérapeutes et d’accompagnantes formées, à relire des carnets papier tenus pendant des saisons entières et à écouter ce que les consultations laissaient de côté.

Le parcours de Jimenez Julien et les carnets qui ont servi de point de départ

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