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Que préparer la veille et le matin d’une journée de plus de sept heures debout ?

Salon, marché, salle de classe, service hospitalier, inventaire de magasin: certaines journées se jouent la veille au soir. Voici une liste opérationnelle à cocher, du dîner de la veille au relevé du soir, avec les points d’appui pendant la journée et les signes qui imposent de s’arrêter.

Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .

Femme d’une cinquantaine d’années en blouse de travail assise sur un tabouret dans une réserve claire, jambes surélevées sur une caisse pendant sa pause

Une journée de sept heures debout se prépare la veille entre vingt heures et vingt deux heures. Le matin, il est déjà trop tard pour décider quoi que ce soit: on exécute.

Voici la liste minimale, celle qui tient sur un aimant de réfrigérateur.

  1. La veille: compression propre et sèche, deux paires sorties, chaussures choisies, encas protéiné prévu, dîner peu salé, coucher tenu.
  2. Le matin: compression enfilée avant de poser les pieds au sol, petit déjeuner qui tient jusqu’à la pause, bouteille remplie.
  3. Pendant: changement d’appui régulier, deux ou trois micro mobilisations par heure, une pause assise réellement prise.
  4. Le soir: retrait de la compression au bon moment, jambes surélevées, notation en trois repères.

Le reste de cet article détaille chacun de ces temps, ce que vous pouvez demander à votre employeur, et les signes qui imposent d’arrêter la journée sans négocier.

La veille au soir: six points à cocher

L’objectif de la veille n’est pas de bien faire, il est de supprimer les décisions du lendemain matin. Une décision prise à six heures quarante est presque toujours mauvaise.

Bas lavés, secs, deux paires prêtes

Un bas encore humide ne se pose pas et vous fera perdre le seul quart d’heure dont vous disposiez. Le lavage se fait donc l’avant veille, jamais la veille au soir.

Sortez deux paires, pas une. La seconde n’est pas un luxe: elle sert le jour où une couture cède à midi, ou quand une paire fatiguée cesse visiblement de tenir en milieu de journée.

Posez les sur la table de nuit, avec les gants de préhension. Tout ce qui reste dans la salle de bains vous oblige à faire trois pas de trop, debout, avant d’être comprimée. Ce que couvre votre ordonnance en nombre de paires est détaillé dans ce que couvre vraiment une ordonnance de compression médicale.

Chaussures choisies la veille, pas au réveil

Pour une journée longue, la chaussure se choisit sur trois critères: une semelle stable qui ne se tord pas dans la main, un maintien du talon, et un chaussant fermé qui ne comprime pas le dessus du pied.

Deux erreurs reviennent: la chaussure neuve, jamais portée une journée entière, et la chaussure trop plate qui laisse le mollet en tension permanente.

Repas et hydratation sans excès de sel

Un dîner très salé pèse sur la sensation de gonflement du lendemain. Pizza livrée, charcuterie, plat préparé: ce sont les veilles de grosse journée qui les rendent tentants, et c’est là qu’ils coûtent le plus.

  • Un dîner simple, avec une source de protéines et des légumes, servi tôt plutôt que tard.
  • De l’eau le soir, sans se rationner: restreindre les boissons ne réduit pas la lourdeur du lendemain.
  • Un encas préparé et emballé la veille, protéiné, glissé dans le sac et non laissé sur le plan de travail.
  • La bouteille remplie et posée à côté des clés.
  • Le coucher tenu à l’heure prévue: une heure de sommeil perdue se paie sur la tolérance à la douleur, pas sur l’énergie.

Le matin: l’ordre qui évite la panique

Le matin ne comporte plus aucun choix. Il comporte une séquence, et cette séquence a un ordre non négociable.

Compression avant de poser les pieds au sol

La compression se pose au réveil, encore assise ou allongée, avant la mise en charge et avant la douche chaude. Vos bas ont été mesurés sur une jambe au plus près de son volume de repos: chaque minute debout vous éloigne de cette mesure et rend l’enfilage plus dur.

Concrètement: réveil, bas, puis seulement le reste. Une douche chaude prise avant l’enfilage vous garantit vingt minutes de lutte.

Vérifiez avant de partir qu’aucun bord ne roule sous le genou et qu’aucun pli ne s’est formé à la cheville: un pli tenu sept heures laisse une marque et de la douleur.

Petit déjeuner qui tient jusqu’à la pause

Le creux de onze heures n’est pas une fatalité, c’est une conséquence. Un petit déjeuner uniquement sucré vous laisse sans rien à onze heures, précisément quand vous ne pouvez pas quitter votre poste.

La règle tient en deux points: une source de protéines et de quoi tenir en volume. Un yaourt nature avec des flocons d’avoine, un œuf, du pain complet avec du fromage blanc, peu importe la formule. Aucun aliment interdit ici: seulement le constat qu’une journée debout se tient mal sur un café pris en marchant.

Pendant la journée: les micro appuis qui tiennent vraiment

Aucun des gestes qui suivent ne se voit. Ils se font devant une cliente, devant une classe, dans un couloir de service, sans matériel et sans commentaire.

Changer d’appui toutes les quelques minutes

La station debout prolongée immobile est plus éprouvante que la station debout en mouvement. Ce n’est pas la durée seule qui pèse, c’est l’immobilité dans la durée.

Déplacez votre poids d’une jambe sur l’autre, avancez un pied de quelques centimètres, posez brièvement un pied sur une barre basse quand il en existe une. Ces changements deviennent vite automatiques.

Montées sur pointes et flexions discrètes

Deux ou trois séries très courtes par heure suffisent à solliciter le mollet, et le mollet est la pièce maîtresse de la journée.

  • Cinq à dix montées lentes sur la pointe des pieds, talons redescendus complètement.
  • Des flexions et extensions de cheville, un pied après l’autre, réalisables même assise sur un tabouret.
  • Une flexion légère des genoux, dix secondes, pour sortir du verrouillage articulaire des jambes tendues.
  • Une contraction des mollets maintenue quelques secondes, sans bouger, quand vraiment rien d’autre n’est possible.

Une pause assise réellement prise

La pause reportée n’existe pas: elle est perdue. Dix minutes assises prises à quatorze heures valent mieux que trente minutes prévues à seize heures et sacrifiées.

Si un local de repos existe, asseyez vous et surélevez les jambes sur une chaise ou une caisse retournée, chaussures retirées. Quelques minutes jambes hautes changent la fin de journée bien plus qu’un déjeuner allongé pris debout.

Au poste de travail: ce que vous pouvez demander

Beaucoup de femmes n’osent pas demander, persuadées que leurs douleurs ne regardent qu’elles. La logique du droit du travail est exactement inverse.

Siège d’appoint, tapis anti fatigue, rotation des tâches

L’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation générale figure à l’article L. 4121-1 du code du travail, consultable sur le site officiel de diffusion du droit français, Legifrance. Une demande d’aménagement raisonnable n’est donc ni une faveur, ni un aveu de faiblesse.

Trois demandes passent presque toujours, parce qu’elles coûtent peu et se justifient sans exposer votre dossier médical.

  • Un siège d’appoint ou un tabouret assis debout au poste, utilisable entre deux clients.
  • Un tapis anti fatigue sur les zones où vous restez immobile, caisse, poste de préparation, bac.
  • Une rotation des tâches sur la journée, pour alterner les positions plutôt que subir sept heures identiques.

Formulez la par écrit, en termes d’organisation du travail et non de diagnostic: vous n’avez pas à exposer votre santé à votre hiérarchie.

Quand solliciter le service de santé au travail

Le service de prévention et de santé au travail peut proposer un aménagement de poste, et vous pouvez demander à le voir de votre propre initiative.

Le médecin du travail est tenu au secret médical: ce que vous lui dites de vos douleurs ne remonte pas à votre direction, seules les propositions d’aménagement sont transmises. C’est la voie la plus sûre quand la demande directe n’aboutit pas.

Si vous êtes en arrêt, la visite de préreprise permet de préparer le retour et d’anticiper les adaptations avant le premier jour de reprise, plutôt que de les découvrir en situation.

Le soir: récupérer et noter en trois minutes

Vous rentrez à dix neuf heures avec des courses à ranger. Le protocole du soir doit donc tenir dans le temps réellement disponible, c’est à dire très peu.

Retirer la compression au bon moment

La compression se retire en fin de journée d’activité, une fois rentrée, et non dans la voiture ou dans les vestiaires. Si votre prescripteur vous a indiqué un rythme précis de port, c’est le sien qui prime sur toute règle générale.

Retirez la avant la douche, pas après, et laissez la peau respirer avant toute crème.

Jambes surélevées, douche tiède, notation courte

Dix minutes suffisent, et elles ont un ordre.

  1. Jambes surélevées au dessus du niveau du bassin, allongée, dix minutes, avant de ranger quoi que ce soit.
  2. Douche tiède plutôt que chaude, la chaleur majorant souvent la sensation de lourdeur en fin de journée.
  3. Trois repères notés: douleur du soir, heures debout, port de la compression.

Ces trois repères sont la raison d’être de toute la préparation de la veille. Sans eux, vous ne saurez jamais si votre liste sert à quelque chose. Avec eux, vous verrez apparaître au bout de quelques semaines les périodes de l’année qui vous coûtent le plus, celles que le calendrier annuel du suivi quand on vit avec un lipœdème permet d’anticiper.

Les signes qui font arrêter la journée

Ce qui suit ne relève ni d’un ajustement de compression, ni d’une meilleure posture, ni d’une pause supplémentaire.

Gonflement brutal d’une seule jambe

Un gonflement rapide sur une seule jambe, surtout avec rougeur, chaleur locale ou douleur nouvelle, impose un avis médical sans délai.

Le lipœdème touche habituellement les deux jambes de façon comparable. Une asymétrie franche et nouvelle est donc, par définition, autre chose, et elle ne s’observe pas jusqu’au lendemain.

Douleur du mollet, essoufflement, malaise

Ces situations ne se discutent pas avec un employeur et ne se remettent pas à la fin du service. Aucune liste de préparation, celle ci comprise, ne remplace un avis médical: elle organise les journées ordinaires pour que vous gardiez de la marge le jour où quelque chose sort de l’ordinaire.

Une longue journée debout se gagne la veille, se tient par des micro appuis invisibles et se répare en dix minutes le soir. Les demandes d’aménagement ne sont ni indiscrètes ni excessives, et le service de santé au travail existe pour cela. Ce qui reste, ce sont vos trois repères du soir, la seule matière qui vous dira quelles semaines de l’année vous coûtent vraiment, et ce que la profession française fait évoluer sur le sujet est repris dans ce qui bouge en France autour du lipœdème. Pour tenir cette notation en trois minutes et repérer vos semaines à risque, demandez une démonstration du carnet Lipedouce en précisant votre nombre d’heures debout par semaine.

Après la lecture

Ce que vous venez de lire, Lipedouce le tient avec vous

Le carnet reprend exactement ces repères et les garde datés à votre place, douleur du soir, lourdeur, chaleur ressentie, heures passées debout, port de la compression prescrite et séances de mouvement doux réellement faites. Vous repartez en consultation avec une page imprimée plutôt qu’avec un souvenir approximatif, et sans qu’aucun chiffre de poids ne vous soit demandé.

Portrait de Jimenez Julien, auteur du Relevé du soir

L’auteur de ce magazine

Jimenez Julien

Jimenez Julien conçoit Lipedouce, le carnet quotidien des femmes concernées par le lipœdème, entre relevé de la douleur, mouvement doux sans impact et suivi de la compression médicale prescrite. Il a passé des mois auprès de femmes en poste debout, de kinésithérapeutes et d’accompagnantes formées, à relire des carnets papier tenus pendant des saisons entières et à écouter ce que les consultations laissaient de côté.

Le parcours de Jimenez Julien et les carnets qui ont servi de point de départ

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